Webinaire sur l’instinct digestif et les données sur la nutrition
Rediffusion du webinaire sur l’instinct digestif et les données sur la nutrition (en anglais seulement; Gut Instincts & Nutrition Insights)
Animé par Natasha Haskey, Ph. D., Dt. P, experte reconnue de la santé gastro-intestinale, ce webinaire réunit des diététistes de partout au Canada et explore les liens qui unissent la santé digestive et le bien-être général. Grâce à celui-ci, vous élargirez vos connaissances, profiterez de l’enseignement d’une experte et découvrirez des stratégies nutritionnelles fondées sur des données probantes que vous pourrez appliquer en pratique clinique.
Visionnez la rediffusion pour acquérir des connaissances sur la nutrition et recevoir des conseils pratiques dont bénéficieront vos clients et patients.
Bonjour à tous. Je m’appelle Amit Acharya, j’agis aujourd’hui comme modérateur de ce webinaire intitulé « L’instinct digestif et les données sur la nutrition ». Avant de commencer, j’aimerais dire un mot au sujet du territoire.
Je me trouve aujourd’hui à Ottawa, le territoire traditionnel et non cédé de la Nation algonquine anishinaabe; je sais que plusieurs d’entre vous participeront à ce webinaire à partir de différents endroits au Canada. Je vous encourage tous à prendre un moment pour réfléchir aux terres autochtones traditionnelles sur lesquelles vous vous trouvez aujourd’hui et reconnaître la longue histoire qui a précédé notre arrivée ici à tous.
Avant de commencer, je tiens à faire quelques remarques d’ordre logistique. Je veux remercier Activia d’avoir permis la tenue de ce webinaire.
Je les remercie de leur soutien et de rendre cette discussion possible.
La séance d’aujourd’hui sera enregistrée et transmise par courriel à toutes les personnes inscrites d’ici une semaine.
L’enregistrement sera également accessible sur le site Web d’Activia au cours des prochaines semaines.
Si vous avez des questions durant le webinaire, n’hésitez pas à les inscrire dans la boîte de questions-réponses – la boîte au bas de l’écran – et nous ferons de notre mieux pour y répondre à la fin de la présentation.
Voilà, je suis très heureux de vous présenter notre conférencière, Natasha Haskey. Natasha est une sommité en matière de santé digestive et d’alimentation. Ses travaux se fondent sur les données probantes issues de la pratique.
Elle a de plus un réel talent pour rendre les données scientifiques complexes à la fois pratiques et pertinentes.
Elle se passionne pour l’exploration des liens entre l’alimentation et le microbiome intestinal; aujourd’hui elle déboulonnera certains mythes courants et partagera avec nous les plus récentes données de la recherche de manière captivante et informative. Donc, sans plus tarder, je cède la parole à Natasha. Merci, Natasha.
Merci de cette aimable présentation. Bonjour à tous, je vous remercie de votre présence. Je souhaite avant tout remercier Danone et l’association Les diététistes du Canada d’avoir rendu ce webinaire possible.
Mon objectif aujourd’hui est d’explorer la fascinante interrelation entre la santé digestive, l’alimentation et les données scientifiques émergentes concernant les probiotiques et les aliments fermentés.
Je tiens tout d’abord à préciser que les points de vue que j’exprime aujourd’hui m’appartiennent et qu’ils ne reflètent pas nécessairement les positions des Diététistes du Canada.
En ce qui concerne la déclaration de conflits d’intérêts, je tiens à faire preuve de transparence. J’ai collaboré avec Danone dans le passé de même que dans le cadre de ce webinaire. J’ai aussi travaillé pour LyfeMD [et] Takeda. Je siège en outre au conseil consultatif médical de l’organisme Nutritional Therapy for IBD.
J’ai collaboré avec Crohn et Colite Canada. Mes travaux de recherche sont financés par une bourse de la Fondation Michael Smith for Health Research de la Colombie-Britannique, destinée aux professionnels de la santé et chercheurs.
Aujourd’hui, nous chercherons à comprendre pourquoi la santé digestive est importante pour le bien-être, nous discuterons en détail des probiotiques et des aliments fermentés, et nous ferons le point sur quelques idées fausses courantes. Vous repartirez avec des stratégies diététiques pratiques fondées sur des données probantes que vous pourrez mettre en œuvre autant pour vous-même que dans votre pratique, afin de favoriser un microbiome intestinal sain.
Pour rendre cette séance plus interactive, nous utiliserons un outil appelé « Slido ». Vous pouvez participer simplement à partir de votre téléphone ou de votre ordinateur portable; il n’est pas nécessaire de télécharger l’application.
Il suffit de balayer le code QR et, lorsque je soulèverai une question, vous devriez la voir apparaître sur votre écran. Si vous voulez avoir cette information à portée de main, les instructions se trouvent aussi dans la boîte de clavardage.
Commençons par une étude de cas. Je vous présente June. June est une personne que vous pourriez recevoir en consultation. Elle pourrait aussi être une de vos amies, ou peut-être que vous vous reconnaîtrez en elle. June a 32 ans, elle enseigne à l’école primaire et au cours de la dernière année, elle a éprouvé une fatigue constante et des ballonnements, elle a souvent été enrhumée, et a noté que son humeur est en berne; elle se sent plus anxieuse que d’habitude et malgré une alimentation qu’elle juge plutôt saine, elle saute souvent des repas, consomme beaucoup de café, mange sur le pouce…
Son alimentation est en fait plutôt faible en fibres et riche en aliments transformés, parce qu’elle se retrouve toujours à manger sur le pouce. Je vous demande de garder son cas à l’esprit tout au long de la présentation, car nous y reviendrons à la fin pour proposer certaines stratégies visant à aider June à améliorer sa santé digestive.
À titre de rappel, les termes « microbiome » et « microbiote » sont souvent utilisés de manière interchangeable. Pour clarifier les choses, « microbiote » est un terme générique qui désigne les micro-organismes qui vivent dans et sur le corps humain, alors que « microbiome » est un terme qui désigne une réalité un peu plus complexe, car il comprend tous les éléments complémentaires du microbiote, ses capacités fonctionnelles, lesquelles sont liées aux gènes de ces micro-organismes, de même que les facteurs environnementaux.
Donc, notre intestin n’héberge pas uniquement des bactéries, il compte aussi des virus et des espèces fongiques. Le virome correspond à l’ensemble des virus présents et le mycobiome à l’ensemble des espèces fongiques présentes. Et des archées, qui ne figurent pas ici. Je crois que je peux dire que ce sont les bactéries qui ont été le plus étudiées et dans cette présentation, nous nous concentrerons essentiellement sur elles. Donc, nous savons que les microbiomes se composent d’une grande variété de microbes, qui jouent tous un rôle important dans la santé digestive. Maintenant… j’aimerais que nous créions un nuage de mots.
J’aimerais que vous me donniez un mot que vous associez à la santé digestive? Vous pouvez écrire le mot qui vous vient à l’esprit, sans trop réfléchir. Je vous laisse un moment pour répondre.
Bien, il semble que la santé digestive est associée, selon vos avis, aux probiotiques, aux prébiotiques, aux fibres, à l’immunité et à l’humeur; donc l’axe intestin-cerveau et à plusieurs affections.
Parfait.
Alors…
Nous allons…
Un participant est en train de saisir sa réponse …
Donc, le point à retenir ici, c’est que nous sommes tous ici pour les bonnes raisons, parler des probiotiques, des fibres et des différentes façons d’améliorer la santé digestive.
Pour commencer, une des questions qu’on me pose souvent c’est « Que signifie exactement la santé digestive? » En fait, pour ce qui est d’une définition scientifique ou médicale, le terme est assez vague, et il n’est pas vraiment bien délimité. De façon très simple, on peut dire que la santé digestive correspond en gros à l’absence de maladie, c’est-à-dire le fait de ne pas avoir de problèmes digestifs, comme le syndrome du côlon irritable, la maladie de Crohn, la colite ou une autre affection. Mais là où les choses se compliquent, c’est lorsque nous examinons de plus près, la structure et la fonction du microbiome, par exemple, est-ce que la barrière intestinale fonctionne adéquatement? Observe-t-on la production d’acides gras à chaîne courte? Quelles sont les bactéries présentes? Je crois donc qu’il est important que les professionnels de santé comprennent que… nous devons en quelque sorte saisir ces nuances et ce qu’elles signifient pour mieux conseiller nos patients.
Cette diapositive donne un aperçu des définitions scientifiques de ce que nous pourrions appeler de possibles marqueurs d’un microbiome intestinal sain. Je vais donc décrire pour vous le contenu de cette diapositive. On voit deux composantes potentielles…, c’est-à-dire, d’une part le microbiote, et de l’autre, l’intestin. Les deux sont étroitement liés; commençons par la gauche de l’image. Lorsque nous pensons au microbiote… lorsque nous pensons à un microbiome intestinal sain, nous pensons à la diversité, nous examinons alors la variété de microbes présents, et de façon générale, la science indique toujours qu’une plus grande diversité est souvent associée à un microbiome plus sain et plus résilient. C’est-à-dire que plus il y a de types de microbes différents, mieux c’est.
La composition – c’est-à-dire les espèces – et leur quantité. Et pour cela, nous utilisons divers types d’outils, comme la métagénomique, qui nous renseigne sur la fonction de ces microbes… nous examinons les gènes, les protéines, etc., la fonctionnalité. Les choses ont beaucoup évolué. On ne considère plus simplement les types de microbes présents, mais aussi leurs fonctions précises, parce que leurs fonctions se manifestent dans l’ensemble de l’organisme. C’est pourquoi nous entendons de plus en plus parler des différents axes – l’axe cœur-intestin, l’axe foie-intestin, l’axe cerveau-intestin … parce que les composés produits par ces microbes circulent en fait dans tout l’organisme.
Et aussi les gaz… c’est important… parce que ces microbes produisent différents produits dérivés comme l’hydrogène, le sulfure d’hydrogène, qui nous renseignent, par notre haleine, sur différents… nous donnent un aperçu de ce qui se passe en matière de fermentation microbienne et du type d’activité métabolique. Mais à la droite de l’image, dans l’intestin, et c’est tout aussi important, nous pouvons rechercher des marqueurs de l’inflammation dans les selles. Par exemple, chez les patients atteints d’une maladie inflammatoire de l’intestin, nous pouvons examiner le taux de calprotectine, un marqueur de l’inflammation… nous pouvons mesurer le pH, puisque selon les composés produits dans l’intestin, le pH intestinal peut varier et si nous revenons à la métabolomique, qui est très en vogue à l’heure actuelle dans le domaine de l’alimentation, elle vise à examiner ce que tous ces microbes produisent. Donc, le point à retenir ici c’est qu’il faut avoir une vision holistique, et ne pas nous en tenir uniquement au microbiote, qui comprend sa diversité, sa composition, ses fonctions, mais aussi essayer de comprendre ce qui se passe réellement dans l’intestin pourcomprendre et mettre au point différents types de biomarqueurs qui nous guideront pour favoriser la santé.
Bien, maintenant voici une rapide question « vrai ou faux », si vous voulez reprendre vos téléphones. Ma question est la suivante : le microbiote compte-t-il davantage de microorganismes que le nombre de cellules dans le corps humain selon un rapport de 10 pour 1? Est-ce vrai ou faux?
Eh bien… en fait, la réponse est « faux ».
C’est intéressant, et c’était en quelque sorte une question piège. J’ai clairement répété dans de nombreuses présentations que le microbiote comptait 10 fois plus de microorganismes que le corps humain comptait de cellules, mais à présent, on estime que ce rapport serait en fait d’environ 1 pour 1.
Ce rapport varie selon la taille de la personne, la quantité de matière fécale analysée… Les chiffres ont changé avec l’évolution de nos connaissances, et ce rapport serait plutôt proche de 1 pour 1.
Parlons maintenant des probiotiques; je pense que la plupart d’entre vous en connaissent la définition, soit que les probiotiques sont des micro-organismes vivants qui, en quantités adéquates, procurent des bienfaits à l’hôte sur le plan de la santé.
Les probiotiques sont donc des micro-organismes vivants. Pour qu’un probiotique mérite cette dénomination, il doit contenir des micro-organismes vivants. Si ceux-ci sont morts ou inactivés, cela ne compte pas.
En ce qui a trait à leur identification et à leur classification… Dans un probiotique, chaque organisme doit être identifié précisément selon son genre, son espèce, et aussi sa souche.
Parce que les différentes souches n’ont pas forcément les mêmes effets.
Un probiotique doit demeurer stable pendant la durée de conservation du produit, c’est-à-dire que le probiotique survivra jusqu’à la date de péremption indiquée. Si le probiotique se dégrade avant la date de péremption, il perdra son statut de probiotique. L’efficacité d’un probiotique doit avoir été démontrée dans le cadre d’essais cliniques à répartition aléatoire qui ont aussi évalué son innocuité, en particulier dans certaines populations vulnérables.
Mais, ce que les probiotiques ne sont pas… ils ne sont pas des micro-organismes naturellement présents dans l’intestin qui ont des effets bénéfiques. Ce n’est pas parce qu’un microbe vit dans l’intestin et produit des effets bénéfiques que cela en fait un probiotique. Un probiotique doit être administré délibérément et il doit répondre à ce critère pour pouvoir être qualifié de probiotique. Ce n’est pas une culture vivante active; les cultures vivantes actives sont associées à la fermentation.
Ainsi, les préparations de matière fécale utilisées pour la transplantation de microbiote fécal, même si elles procurent des bienfaits pour la santé… et donc, lorsqu’on transfère ces communautés microbiennes d’une personne à une autre, comme je l’ai mentionné, même si elles ont un effet thérapeutique, ce n’est pas comparable à une souche bien caractérisée de probiotique. Je l’ai dit plus tôt, la bactérie ne peut pas être morte. Et finalement, les produits bactériens ne sont pas des probiotiques, pas plus que les vaccins vivants.
Et si vous avez déjà assisté à l’une de mes présentations, j’ai souvent utilisé cette diapositive, mais, je tiens à le souligner, la souche est vraiment très importante. J’entends encore des termes comme Lactobacillus Bifidobacterium, mais ce n’est pas assez précis lorsque nous parlons de suppléments de probiotiques. Donc, simplement pour revoir cette notion…, si nous prenons par exemple, les chiens, ils ne se comportent pas tous de la même façon. Le loup et le terrier partagent le même genre, Canis, et la même famille des canidés; il en va de même pour le genre et l’espèce E. coli, vous voyez ici deux souches précises qui sont très différentes. L’une est pathogène, l’autre procure des bienfaits chez les personnes atteintes de MII et est considérée comme un probiotique. Alors j’insiste, la souche est vraiment très importante. Voici une autre question « vrai ou faux ». Une caractéristique essentielle des probiotiques est leur résistance à l’acide gastrique.
Est-ce vrai ou faux?
Bon, c’était aussi une question piège.
Ce qui est intéressant, c’est que ce ne sont pas tous les probiotiques qui résistent à l’acide gastrique, parce que maintenant, différents probiotiques peuvent s’utiliser sur la peau. Différents types de probiotiques sont utiles à notre microbiome oral, mais, globalement, pour qu’un probiotique agisse, il faut qu’il atteigne sa cible, où il pourra produire son effet bénéfique. Si la cible est l’intestin grêle ou le gros intestin, il doit absolument résister à l’acide gastrique.
Mais qu’en est-il des aliments probiotiques? Si vous ajoutez simplement un probiotique à un aliment, peut-on automatiquement le classer comme un aliment probiotique? Et la réponse est… non, parce que pour qu’un tel produit soit qualifié d’aliment probiotique, il doit répondre aux critères propres aux probiotiques. Par exemple, prenons un yogourt. Si ce yogourt contient une bactérie bien étudiée comme Lactobacillus rhamnosus GG et qu’elle est ajoutée au yogourt, que des études scientifiques ont montré ses bienfaits sur le plan de la santé digestive, alors oui, en effet, il s’agit d’un aliment probiotique, mais si nous prenons… par exemple une barre de céréales à laquelle on a ajouté une souche de probiotique, mais qu’aucune donnée probante ne permet de croire que, premièrement, elle survivra lors de la conservation – aucune étude scientifique n’a été menée – alors on ne peut pas dire que c’est un aliment probiotique.
Donc, ce qu’il faut rechercher sur l’étiquette… selon l’International Scientific Association for Probiotics and Prebiotics… Pour qu’un produit soit qualifié d’aliment probiotique, il doit contenir des micro-organismes vivants, il doit être administré à la dose adéquate,
il doit procurer des bienfaits sur le plan de la santé, et tout cela doit reposer sur des données scientifiques probantes. Alors si le fabricant d’un aliment se contente de saupoudrer ou ajouter des probiotiques dans un yogourt ou des céréales, cela n’en fait pas nécessairement un aliment probiotique.
Par exemple, si nous examinons l’étiquette d’un produit Activia, nous trouvons le genre, l’espèce et la souche.
Nous trouvons aussi l’UFC – unité formant colonie, la durée de conservation et la quantité par portion. L’étiquette indique aussi comment le produit doit être conservé, de même que ses bienfaits, dans ce cas, le fabricant peut faire mention de santé digestive.
Pour ce qui est des aliments fermentés,
c’est une autre histoire. Il y a davantage de confusion.
Ils sont souvent assimilés à des aliments probiotiques, mais si tous les aliments fermentés ont effectivement été en contact avec des cultures actives ou des microbes vivants, le produit final pourrait ne pas contenir de cultures vivantes. Cela s’explique par le fait que certains produits subissent différentes étapes de cuisson et de filtrage, ce qui les rend stables à la conservation, mais fait en sorte qu’ils ne contiennent plus des cultures vivantes actives, on peut penser au levain ou à la bière, par exemple.
Oui, ces produits ont été fermentés, mais ils ne contiennent peut-être plus de micro-organismes vivants. Ce que je trouve très intéressant, c’est de voir la grande diversité de produits fermentés dans le monde; j’aime bien cette image, parce qu’elle montre le vaste potentiel de fermentation des aliments.
Cela montre aussi comment les différentes cultures dans le monde ont trouvé de multiples façons d’exploiter ces microbes dans l’alimentation. Parmi les principaux microbes, on trouve certaines bactéries lactiques. Par exemple les espèces Lactobacillus ou Lactococcus, utilisées pour différents types de lactofermentation et pour abaisser le pH, ce qui permet de conserver les aliments. Et c’est ce qui donne à ces aliments leur saveur aigre ou acidulée. Pensez au yogourt, à certains fromages ou à des légumes comme la choucroute ou le kimchi.
Alors que les levures servent à dégrader les sucres pour les convertir en alcool et en dioxyde de carbone…
C’est ce qui confère au kombucha son caractère pétillant. Donc, les types de microbes qui interviennent principalement dans ce processus sont, par exemple pour le kombucha, Saccharomyces cerevisiae.
Enfin, les bactéries acétiques… Acetobacter, Gluconobacter…
connues pour… on les trouve souvent, pas seulement dans le kombucha, mais dans différentes sortes de vinaigres. Elles servent principalement à oxyder l’acide acétique, c’est ce qui donne le goût piquant du vinaigre. Puis finalement, les champignons filamenteux servent à dégrader différents types de matières végétales en composés plus simples, ce qui permet la fermentation de différents types de produits. Cela comprend le miso et divers produits à base à soja, comme la sauce soja et le tempeh.
Nous comprenons maintenant que les aliments fermentés ont assurément une influence sur la santé, qu’ils soient considérés ou non comme des probiotiques.
Les nutriments qui sont produits par différents aliments fermentés ont des effets qui vont bien au-delà de l’intestin. Lorsque nous mangeons un aliment fermenté, ce ne sont pas que des nutriments, ce sont les métabolites qui sont produits et ils interagissent avec le corps de plusieurs façons. Premièrement, il y a une interaction entre les métabolites et le système endocrinien; le microbiome produit des acides gras à chaîne courte qui stimulent des hormones intestinales, ce que je trouve fascinant, parce que cela augmente l’expression, par exemple, des peptides GLP-1 et PYY. Imaginez les bienfaits sur la santé, ils augmentent la sensation de satiété, peuvent potentiellement diminuer l’apport alimentaire et améliorer la sensibilité à l’insuline, exactement comme tous ces médicaments qui ciblent le GLP-1, les aliments fermentés peuvent avoir cet effet, probablement dans une moindre mesure, mais c’est assez fascinant.
Deuxièmement, les métabolites microbiens interagissent avec l’inflammation intestinale. Par exemple, on trouve du tryptophane alimentaire dans les aliments fermentés, qui est converti en acide indole propionique, lequel influe sur le dysfonctionnement de la barrière intestinale et peut réduire l’inflammation intestinale. Et pour finir, on note une interaction immunitaire métabolite-hôte. L’acétate alimentaire peut agir sur les divers lymphocytes T intestinaux, lesquels produisent différents types de cytokines, ce qui au final, influe sur l’inflammation intestinale.
La définition des aliments fermentés est un peu moins restrictive. Ceux-ci peuvent contenir des micro-organismes vivants ou pas.
Dans le cas des aliments fermentés, leur efficacité n’a pas nécessairement été évaluée dans des essais contrôlés à répartition aléatoire, mais nous savons qu’ils peuvent favoriser la santé digestive, et l’identification du genre, de l’espèce et de la souche n’est pas requise.
Je vais vous donner quelques exemples. Je suis curieuse de savoir, dans le cas de ce kombucha précisément, si vous pensez qu’il s’agit d’un aliment probiotique ou non? Bien, regardons les ingrédients. Je tiens à mentionner qu’on ne trouve pas de publicité ou d’allégations relatives à la santé; on trouve seulement ceci sur l’étiquette. Donc, pouvez-vous voter pour répondre à la question : s’agit-il d’un aliment probiotique ou pas?
Excellent. Non, parce que on ne trouve pas… le genre, l’espèce ni la souche. Il n’y a pas d’indication quant à sa durée conservation, et pas d’allégation,
et pas de… renseignements concernant la quantité de culture dans le kombucha, la quantité cultures actives vivantes dans le produit durant sa conservation jusqu’à la date de péremption.
Bien, un autre produit. Pensez-vous qu’il s’agit d’un aliment probiotique ou non?
De nouveau, pas d’allégations, pas de… nous savons seulement qu’il contient une culture de kombucha, et on peut voir le genre, l’espèce et la souche.
Donc, s’agit-il d’un
aliment probiotique ou pas?
Bien. C’est un peu un mélange.
Selon moi, même si on a ajouté un probiotique, c’est un véritable probiotique, j’ai vérifié, mais je ne le considérerais pas comme un aliment probiotique. Encore une fois, l’étiquette ne porte pas suffisamment de renseignements et honnêtement, la compagnie indique la présence d’un probiotique dans le
produit, mais ne le présente pas du tout comme un aliment probiotique.
Aucun dosage n’est fourni, ou quoi que ce soit d’autre… et on ignore si le probiotique survit à la conservation, etc. Je dirais donc que ce n’est pas un aliment probiotique.
De plus, il n’a pas été évalué et ses bienfaits pour la santé n’ont pas été démontrés.
Une autre question maintenant. Si nous prenons un yogourt, diriez-vous que c’est un aliment probiotique, une culture vivante active, ou un aliment fermenté? Je suis curieuse de voir vos réponses.
Bien… j’aime votre réponse, et je suis d’accord; cela dépend de plusieurs facteurs. Si vous préparez vous-même du yogourt dans votre cuisine, c’est assurément un aliment fermenté, parce que la plupart des yogourts sont fabriqués à partir d’une culture lactique, comme Lactobacillus bulgaricus ou Streptococcus thermophilus. C’est ce qui donne au yogourt son goût crémeux… ou plutôt sa texture crémeuse devrais-je dire. Donc, il contient une culture vivante active.
Prenons un yogourt… Si vous faites ce yogourt ou que vous utilisez un yogourt qui n’a peut-être pas l’étiquette d’un yogourt Activia, par exemple, vous pourriez assurément dire que c’est un aliment fermenté. Vous pourriez dire qu’il contient une culture vivante active, très probablement, mais la prochaine étape pour une société serait alors de réaliser des études scientifiques. Donc les yogourts ne sont pas tous…
Le processus n’a pas forcément été complété.
Mais, le yogourt Activia, oui, est un aliment probiotique. On a ajouté une souche, comme
Bifidobacterium animalis, qui a fait l’objet d’essais cliniques. On a montré qu’il contient une quantité suffisante de bactéries vivantes pour que ses bienfaits pour la santé soient établis. Donc, pour les yogourts, oui, cela dépend vraiment. Tous les yogourts sont des aliments fermentés.
Certains yogourts contiennent une culture vivante active, puis cela dépend de la marque en particulier et des souches qui ont été ajoutées. Ce qui pourrait en faire véritablement un aliment probiotique. J’espère que j’ai été claire.
Bien, durant la prochaine partie de notre présentation, nous nous concentrerons sur certaines stratégies pratiques visant à améliorer la santé digestive.
La première chose que je souhaite dire, c’est que ce sont les schémas alimentaires dans leur ensemble, et non simplement les nutriments pris séparément, qui jouent un rôle central dans le façonnement du microbiome intestinal.
Comme je l’ai mentionné, ces variations dans l’alimentation ont une influence sur les microbes présents et les métabolites produits, qui à leur tour agissent sur la santé digestive et la santé générale. J’aime vraiment beaucoup cette image, ou diapositive, en particulier, parce qu’elle permet de réellement comparer quatre schémas alimentaires différents.
Je vais donc vous la décrire. Ici, je souhaite comparer les régimes alimentaires suivants : le régime occidental, le régime méditerranéen, le régime riche en fibres et le régime à base de plantes… Donc, chaque colonne donne une illustration de ce qui se passe dans le microbiome lorsqu’une personne adopte ces types d’alimentation. Le diagramme circulaire que vous voyez illustre essentiellement la distribution des micronutriments dans ces différents régimes à base de produits d’origine végétale, et ce que vous voyez, c’est qu’en fonction de la composition des macronutriments, cela influe sur les différents microbes présents. Commençons par le régime occidental. En général, un régime occidental – faible en fibres, riche en aliments transformés, et ayant un taux de sodium élevé – est associé à des microbes comme Blautia, Bilophila… Il a été démontré à de maintes occasions que ces microbes diminuent la production d’acides gras à chaîne courte et augmentent la production de composés comme les endotoxines et l’oxyde de triméthylamine, qui ont été associés aux maladies cardiovasculaires, alors que le régime méditerranéen, est – oups, pardon – riche en différents types de fibres… Les composantes clés que le régime méditerranéen favorise sont des bactéries fécales comme Roseburia et Ruminococcus, qui sont toutes connues pour augmenter la production d’acides gras à chaîne courte et qui résultent de la dégradation accrue des fibres.
C’est ce qui explique essentiellement les bienfaits de ce régime pour la santé. Si nous prenons les régimes riches en fibres, qui ressemblent au régime méditerranéen… ce dernier englobe une variété un peu plus grande d’aliments. Avec les régimes riches en fibres, on observe une tendance similaire pour ce qui est de l’abondance de Bifidobacterium… Ces bactéries fécales semblent être des espèces microbiennes essentielles, qui augmentent en effet la production d’acides gras à chaîne courte et diminuent de façon importante le taux de marqueurs de l’inflammation dans l’intestin et l’ensemble de l’organisme.
Puis, si nous passons à une alimentation à base de plantes… Les mêmes concepts s’appliquent…
Les polyphénols par exemple… sont dégradés par les microbes, ont des propriétés antimicrobiennes et augmentent la production d’acides gras à chaîne courte. Le point à retenir ici, c’est que nous ne devons pas nous concentrer sur un élément de ces régimes, mais plutôt sur la qualité de l’alimentation en général, et je crois qu’il convient d’insister davantage sur la qualité de l’alimentation que sur des nutriments en particulier.
Oui évidemment, les nutriments sont importants, mais pour le microbiome, la qualité de l’alimentation est l’un des facteurs qui contribuent le plus à la santé digestive.
Puis, pour…
J’aime toujours présenter cette diapositive en particulier.
J’ai conçu ce tableau pour un article pour essayer d’expliquer que les fibres sont essentielles pour le microbiome, mais le terme « fibre » n’est pas le générique le mieux choisi, parce que selon les pays, ce terme peut désigner des choses bien différentes…
En ce qui concerne le microbiome, différents microbes se nourrissent de différentes sources de fibres alimentaires, et… les fibres alimentaires peuvent ou non… Pardon. Les prébiotiques peuvent ou non être considérés comme des fibres alimentaires, cela devient un peu compliqué… Alors le terme que nous utilisons dans le domaine du microbiome est « glucides accessibles au microbiote » (ou MAC). Pour illustrer ce que j’essaie d’expliquer à l’aide de ce diagramme – de gauche à droite –, c’est que différentes sources de fibres sont fermentées différemment par différents microbes. Par exemple, le son de blé, les parois cellulaires végétales des fruits et des légumes sont très peu fermentés, ce qui ne veut pas dire qu’il ne s’agit pas d’une bonne source de fibres; nous en avons besoin parce qu’elles gonflent.
Mais certaines fibres solubles et fermentescibles que nous connaissons bien sont facilement fermentées par le microbiome, et ce sont elles qui produisent les acides gras à chaîne courte.
Puis nous avons l’inuline et les fructo-oligosaccharides. Ce sont évidemment nos prébiotiques… les fibres qui nourrissent les microbes. À nouveau, la définition d’un prébiotique est très, très précise, donc les fibres ne sont pas toutes des prébiotiques…
Et finalement, les polyphénols…
Ils ne répondent pas encore à la définition de prébiotique.
Certains ne les considèrent même pas comme une source de fibres, mais encore une fois, ces différents types de polyphénols, les amidons résistants et l’acide linoléique conjugué sont utilisés
par les microbes… et sont fermentés, c’est pourquoi nous utilisons le terme « glucides accessibles au microbiote ». Et à l’avenir,
Maintenant, comment introduire les aliments fermentés dans l’alimentation d’une personne qui n’en a jamais consommé? Je recommande de commencer lentement. Pour certaines personnes, c’est un goût à acquérir, et cela peut prendre du temps. Toutefois, commencer par de petites quantités, rien qu’une cuillérée à thé mélangée à un repas, la choucroute, par exemple, cela peut rendre l’aliment un peu plus facile à ingérer pour ces personnes.
Il y a aussi des options plus faciles. Je crois que le yogourt est un aliment plus courant, alors on peut introduire le kéfir, une petite portion de choucroute, et peut-être attendre un peu pour introduire les aliments épicés ou plus fermentés comme le kimchi.
Ces aliments peuvent causer des gaz, des ballonnements et de l’inconfort chez certaines personnes. Il faut donc y aller progressivement, en les intégrant à un repas, parce que sur un estomac vide, cela peut incommoder certaines personnes. La constance est la clé pour introduire des aliments fermentés chez ces personnes.
Maintenant, y a-t-il des considérations particulières relatives à la santé? Je crois qu’il faut être prudent. Je pense en particulier, en ce qui concerne les aliments fermentés, aux personnes immunodéprimées, aux femmes enceintes et aux personnes qui vivent avec un syndrome du côlon irritable, ou un syndrome de pullulation bactérienne dans l’intestin grêle (ou SIBO) parce que cela peut aggraver les symptômes chez certaines personnes.
Je pense aussi aux personnes qui présentent une intolérance à l’histamine, parce que les aliments fermentés contiennent de l’histamine, qui est produite lors de la fermentation de divers aliments par certains microbes.
Certaines personnes ont un déficit en enzyme responsable de la dégradation de l’histamine et, par conséquent, pourraient présenter des céphalées, des migraines, de l’urticaire et des symptômes digestifs. On ne voudra pas forcément proposer les aliments fermentés en grande quantité à cette population, mais le fait de faire son propre yogourt pourrait être une option, sans le laisser fermenter trop longtemps pour diminuer la quantité d’histamine dans le produit final, ou certaines personnes tolèrent le yogourt à base de lait de coco. Donc, en présence d’affections particulières, j’utilise le Guide clinique des produits probiotiques vendus au Canada, parce que ces produits évoluent constamment. Vous pouvez consulter cet outil pour voir quel probiotique vous pouvez utiliser en fonction d’une situation particulière et la quantité recommandée.
L’International Scientific Association for Prebiotics and Probiotics est une autre ressource utile. Ils ont des tableaux très bien faits, comme celui-ci, qui reprennent les différents points que nous avons couverts aujourd’hui, mais le site comprend aussi des ressources pour les professionnels de la santé qui sont conçues pour être présentées aux patients en consultation. Ce sont eux qui rédigent les définitions relatives aux prébiotiques, aux probiotiques, aux aliments fermentés et aux prébiotiques, qui sont en usage à l’échelle mondiale.
Pour finir, après toutes ces années de recherche sur la santé digestive, j’ai créé ce tableau pour vous montrer différentes façons d’améliorer la santé digestive, selon l’état des connaissances scientifiques actuelles.
Bien, revenons à notre cas, June.
Je suis curieuse de voir, après cette présentation, quelles sont les recommandations que vous feriez à
June pour l’aider à améliorer son régime alimentaire?
J’espère qu’il y a encore des personnes réveillées parmi vous.
Ah, merci!
« Y aller progressivement. » « Introduire les aliments fermentés. » Oui, c’est quelque chose que j’avais. « Une assiette équilibrée. » Oui, elle doit absolument consommer davantage de fruits et de légumes.
« Planifier les repas. » « Consommer des fruits et légumes de toutes les couleurs. »
Excellent, merci. Ce sont toutes d’excellentes suggestions.
Ensuite. « Établir une liste des options réalistes. » Exactement.
Bien. Pour conclure cette présentation, avant de répondre à quelques questions… je crois cependant que l’aspect le plus stimulant pour les diététistes, c’est que nous entrons dans l’ère de l’alimentation de précision. Selon moi, c’est un domaine particulièrement intéressant qui nous permettra de personnaliser au mieux nos recommandations en matière
d’alimentation en fonction des caractéristiques biologiques individuelles. On utilisera non seulement le microbiome, mais aussi les données alimentaires, les rapports des médecins, les rapports de laboratoire, l’activité physique… toutes les données de ces capteurs portables, pour examiner la situation en profondeur et personnaliser le régime alimentaire de chaque patient. De plus, l’utilisation de certaines technologies issues de l’IA, apportera des changements dans notre pratique, qui nous permettront de mieux déterminer si un certain régime pourrait convenir, ou au contraire ne pas convenir, en se fondant non seulement sur la préférence du patient, mais sur les micro-organismes qui vivent dans son intestin. Je pense réellement que cette ère se rapproche rapidement, et qu’elle déterminera l’avenir dans le domaine de la nutrition. Je vais laisser mes coordonnées ici… Et si vous me permettez de faire une publicité concernant une ressource : si vous avez des patients atteints d’un syndrome du côlon irritable, j’ai récemment participé à la rédaction d’un guide destiné à ces patients pour les conseiller non seulement en matière d’alimentation, mais au sujet de l’axe intestin-cerveau, et sur les façons d’améliorer leur microbiome. Si cela vous intéresse, n’hésitez pas à faire connaître cette ressource. Bien, je suis prête à répondre à certaines de vos questions. J’ai pris un peu de retard, je suis désolée.
Merci, Natasha! Une excellente présentation! Comme vous l’avez mentionné, nous pouvons passer immédiatement à la partie des questions et réponses, de nombreuses questions ont en effet été posées.
ActiviaMD remercie les Diététistes du Canada pour leur invitation à participer à cette série de webinaires!
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